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Interview de Dominique M’fouilou par Martin Lemotieu

Par • 30 Juil 2008 • Catégorie: Actualités

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Martin Lemotieu (à gauche), et Dominique M’Fouilou (à droite)

Lem : Pourquoi écrivez – vous des romans historiques ?

Dom. MFOUILOU : Comme vous l’avez si bien dit, j’écris des romans historiques. Puisqu’il s’agit des faits historiques, je me permets de récréer un espace qui m’autorise de mêler fiction et réalité.

Lem : Un fait remarquable que j’ai noté dans les romans congolais, ce sont les assassinats politiques, très récurrents. Ils sont souvent le fait des politiciens opportunistes ou en mal de recherche des promotions. Le mort vivant, Dossier classé, La salve des innocents… Beto na beto, Les Petits- Fils nègres de Vercingétorix, Johnny Chien Méchant, La Source de joies, Kotawali, Un fusil dans la main un poème dans la poche, Léopolis, Les Fleurs des Lantanas, Sel-piment à la braise, par exemple, ou même Les scorpions du Congo de Ndinga Assitou. Est-ce à dire que la société congolaise telle que décrite dans le roman n’est qu’un champ de luttes fratricides, régicides ? Est-ce que cela correspond à la vérité ? Parce que cette réalité est vraiment étouffante et tout respire l’odeur fétide de la mort, des concussions et de l’immoralité. Mais c’est vraiment effrayant et j’aimerai savoir si cette société de crimes organisés, commandités et exécutés à bon escient, si c’est vraiment cette société-là qu’on vit au quotidien au Congo, ou bien est-ce une exagération de romanciers ?

D. M. : Oui, je ne pense pas que le Congo est un cas particulier dans le crime politique. Sinon le thème ne serait pas récurent. Le romancier étant un peintre de sa société, nous ne faisons allusion qu’à notre vécu. Nous décrivons la société dans laquelle nous vivons. Il y a aussi d’autres thèmes tels que l’aventure ou l’amour qui sont abordés par le roman congolais. Ils sont infimes à côté du thème de la mort. Effectivement le Congo est l’un des pays d’Afrique centrale francophone où depuis 1959, la guerre civile avait été inaugurée comme outil de positionnement politique. Avant 1991, date marquant la Conférence Nationale, des crimes politiques avaient eu lieu. La Conférence avait dénombré plus de 3000 morts. Mais pendant les guerres civiles de 1993, 1997 et 1998 à 2002, il y a eu au Congo-Brazzaville des crimes dépassant ce qui s’est passé au Kosovo, devant une communauté internationale si sourde que les congolais ont été abasourdis par cette omerta internationale. C’est vrai que l’odeur du pétrole planait au-dessus. Aujourd’hui ces crimes continuent avec l’arme de la faim et de la maladie, imposées par le pouvoir aux civils. Le romancier ne peut donc pas faire l’économie des faits qui minent sa société, surtout lorsque ceux-ci empêchent le pays d’aller vers un meilleur mieux-être.

L. : Mais je pense que parmi ces assassinats, celui qui vous a vraiment marqué, c’est celui du 18 Mars 1977, où Marien NGouabi a été assassiné. Est-ce que vous pouvez revenir un peu sur celui-là et me dire comment vous avez eu votre documentation avant d’écrire votre roman ?

D. M. : Après les assassinats de 1972 et 1973, ceux de 1977 inaugurent une nouvelle ère dans le crime politique au Congo-Brazzaville. Même si les assassinats de 1977 n’ont pas encore été traités dans mes romans, en revanche ceux de 1978 qui en découlent, ont déjà fait l’objet d’un ouvrage. Tout le pays savait que les accusés de 1977 étaient innocents, mais ils ont tous été fusillés.

L. : Oui, c’est dans La Salve des innocents.

D. M. : Justement, La Salve des innocents fait allusion à ce qui s’est passé en 1977. Ce roman s’est focalisé sur le procès de 1978 dont le verdict était connu avant même le jugement.

L. : Tout se passe donc comme si cet assassinat avait sonné le glas à la vraie révolution congolaise. Ou bien situez-vous la mort de cette révolution bien avant cet assassinat ?

D. M. : La révolution est morte au lendemain du coup d’état de juin juillet 1968 organisé par une coalition qui a propulsé Marien NGouabi au devant de la scène.

L. : Oui, mais la vraie révolution se situe alors chez vous à quel niveau ?

D. M. : La vraie révolution c’est le modernisme, mais surtout les ruptures successives opérées dans notre société. Savez-vous par exemple que le Congo-Brazzaville avait reconnu en 1964, bien avant la France, la Chine populaire ? Ce qui avait suscité un tollé général dans la presse française. Je peux citer d’autres exemples, telles que la semaine culturelle ou la majorité à 18 ans, vingt ans et plus, avant la France, ou la reconnaissance des droits égaux des enfants issus ou non d’un mariage… sans parler de l’équilibre budgétaire… Voyez-vous ?

L. : C’est une révolution du verbe comme disent certains. Mais quand on regarde l’ensemble de vos romans jusqu’ici, tout se passe comme si vous vouliez écrire en fait une somme historique, une fresque historique. Mais jusqu’aujourd’hui, les éléments que vous avez choisis pour focaliser votre attention ne suivent pas automatiquement une courbe chronologique. Comment expliquez-vous cela et comment voulez-vous donner une cohérence à tout cet ensemble ?

D.M. : Je confirme, avec rétrospective, que c’est la période allant de 1963 à 1966 qui fut la période révolutionnaire compte tenu de ce qui précède. Quant à la chronologie entre l’écriture et les événements, le romancier que je suis est libre de traiter les sujets en fonction de l’inspiration du moment. Écrire l’histoire de manière chronologique serait le devoir des universitaires ou des services d’État censés construire le pays. Or le Congo vit dans la loi du silence depuis 1977.

L. : La période coloniale est bien précise. C’est la période postcoloniale qui n’est pas très claire, qui n’est pas bien suivie.

D. M. : Aussi paradoxale que cela peut paraître, c’est la période postcoloniale qui nous apporte le plus de turbulences au lendemain des indépendances, que pendant la période coloniale. Assassinats politiques et autres exécutions sommaires vont jalonner l’histoire de notre jeune République. Un demi-siècle après, l’échelle de la cruauté ne fait que s’amplifier.

L. : Autrement dit, le roman est toujours précédé par une intense recherche sur le terrain, une recherche des sources et des documents. Pour vous le roman n’est que l’aboutissement de ces diverses recherches.

D. M. : En effet…

L. : C’est-à-dire des sources de première main.

D. M. : La Conférence Nationale souveraine de 1991 a été un moment politique important dans le jaillissement de la vérité.

L. : Il y a un motif qui revient chez vous et chez Henri Lopes, celui de la culpabilité collective. Dans La Salve des innocents, à la fin, après avoir écouté l’homme qui raconte comment les assassinats ont été organisés et se sont exécutés. Il confesse ce qu’il a vu, ce à quoi il a participé tout comme pour se disculper. Je pense qu’à la fin il n’y a pas un acte punitif. Et je reviens sur cela parce que dans Dossier classé justement, la recherche effectuée par Lazare Mayélé à propos des coupables des assassinats de 1965 n’aboutit à rien. Partout où il demande qui a tué son père, on lui renvoie sa question. Quelqu’un a-t-il réellement tué son père ? C’est à cause des idéologies qu’il serait mort. Et quand il arrive chez le docteur Polélé Antoinette, elle lui dit : ce qu’il nous faut aujourd’hui, c’est la commission Réconciliation – Vérité. Alors cette façon de laisser impunis les assassinats, est-ce que la société admet ce genre de justice, c’est-à-dire le lavement des mains comme cela s’est fait à Brazzaville ? Est-ce que pareille pratique résout le problème ? L’exemple de la résurgence de la violence est là pour prouver que la politique mélangée à la religion ou à la morale, détonne toujours à un moment donné. Quel est votre point de vue par rapport à cette façon de présenter les assassinats dans un monde presque absurde ? Parce que si personne n’est coupable c’est tout le monde qui est coupable, un peu comme chez Camus dans La chute d’Albert Camus où un juge/pénitent dit que « personne ne peut condamner dans un monde où nul n’est innocent.». Alors, comment vous situez-vous par rapport à ce discours sur la déculpabilisation de ceux qui ont perpétré les assassinats et le fait de laisser cela et de continuer l’histoire comme si de rien n’était ?

D. M. : Il aurait effectivement fallu au Congo-Brazzaville, une véritable commission Vérité/Réconciliation comme en Afrique du Sud, en lieu et place d’une puérile séance de lavage des mains. Les gens « se sont confessé » soit disant. Mais la Conférence était-elle une messe ? À mon humble avis, l’irruption du religieux pendant la Conférence Nationale Souveraine, à la place de véritables politiciens et patriotes, a tué dans l’œuf ce moment politique. La séance de lavement de mains a permis à la victime de pardonner au bourreau. Le credo « Plus jamais ça » qui en était découlé, semblait marquer la fin du crime politique. Pour le bourreau, le lavement de mains n’a été qu’un tremplin à un nouvel espace de liberté, pour affirmer sa ruse dans la barbarie. Les événements des 1993 à 1998, ainsi que la paupérisation actuelle des populations congolaises, nous le démontrent. Le lavement de mains consacre réellement l’impunité. S’agissant par exemple des assassinats de 1965, certains acteurs sont connus et mènent paisiblement leur existence sans être inquiétés.

L. : C’est donc un mystère jusqu’à aujourd’hui.

D. M. : Non, c’en n’est pas un. Ce n’est qu’une conséquence de l’impunité.

L. : Revenons un peu sur Vent d’espoir sur Brazzaville. Je note là l’existence d’un « projet politique pour le Congo » (p. 198) qui exige des « hommes nouveaux » à « créer », avec ce que cela suppose de sacrifice, dont les tâches primordiales du groupe de jeunes qui, dans l’ombre, négociaient, manoeuvraient et pensaient sans relâche au « départ de Youlou » (p 200). La victoire des premiers sur ce dernier augure d’un avenir sans doute meilleur. A preuve le double symbolisme final de la mort/résurrection des trois victimes, ainsi que le chant Congo entamé par la foule. Comment avez-vous, enfant, vécu cet espoir populaire ? La tristesse des parents, perceptible à partir du lexique, indique qu’il faut sans doute tempérer les ardeurs et appeler à la sérénité, à la lucidité et à l’esprit critique dans la construction d’un avenir encore incertain, et gros en même temps de possibilités. Comment avez-vous vécu cette euphorie ?

D. M. : La révolution du 13-14-15 août 1963 apporte effectivement un espoir au Congo-Brazzaville au regard de toutes les réalisations et de tous les acquis que le régime de Massamba-Débat lègue au Congo-Brazzaville.

L. : Il n’en reste pas moins que l’enthousiasme a gagné presque toute la foule puisque les derniers mots du roman c’est « chantant », et le dernier personnage, c’est la foule. Pourquoi avez-vous, à l’explicit du roman, fini par une note d’espoir collectif ? Et pourtant rien n’est fini, puisque le roman se clôt sur des points de suspension …

D. M. : Même si aucun des régimes politiques, depuis 1968, n’a été à la hauteur de satisfaire les attentes des Congolais, nous avons la ferme conviction que l’espoir existe toujours dans le peuple. Avec ces décennies de souffrance, les populations congolaises seront amenées, tôt ou tard, dans un mouvement d’ensemble à manifester leur refus contre l’oppression.

L. : Oui, mais la suite de la révolution a tourné au cauchemar, et vos romans publiés après Vent d’espoir… le démontrent à souhait. La salve des innocents est là pour montrer la subversion subie par ce mot de révolution, détourné de son vrai sens. Quel regard portez-vous sur la révolution congolaise ? Quand a-t-elle cessé d’exister ? Existe-t-elle toujours ou y a-t-il un espoir qu’elle revive encore ?

D. M. : Malgré le cauchemar qui transparaît dans la Salve des innocents, on peut dire que l’histoire d’un pays n’est jamais linéaire. Certes, la révolution telle qu’elle avait été initiée en 1963, avait été décapitée au moment où elle a commencé à produire ses fruits. Mais les Congolais ne sont pas dupes, ils ont été embrigadés dans un régime politico-militaire qui a des ramifications internationales. D’où cet espoir qui se lit actuellement à Brazzaville, en faveur d’une autre forme de révolution à venir, malgré un rapport de force inégal.

L. : Et votre indignation est très grande et très forte à propos de la subversion de cette révolution ; elle s’exprime dans La salve des innocents. C’est comme si vous y condensiez toute votre haine, tout votre mépris pour cette révolution fourvoyée, qui est devenue mensonge, falsification de la réalité, cynisme, viol permanent des consciences. Par exemple vous voyez dans l’exécution des dix condamnés un « acte barbare » (p. 126), lui-même précédé par « un jugement barbare, multiplié jusqu’à la folie dans la bêtise » (p. 151). Comment avez-vous construit ce roman ? La documentation et les sources fiables vous ont sûrement servi comme matière première à partir de laquelle vous avez bâti une intrigue qui se rapproche de la réalité, si on se réfère au livre de Bazenguissa-Nganga Rémy, Les voies du politique au Congo. La Salve des innocents est l’un de vos livres les plus documentés sur la révolution congolaise.

D. M. : En effet, après 1968, il y a eu un viol idéologique. Le régime de Marien NGouabi, a certainement scandé la révolution, alors qu’il avait dévié. C’est pourquoi le mouvement du 22 février 1972 (M22), bien qu’ayant été un échec, avait tenté de restaurer la révolution. Effectivement Bazenguissa a été une de mes sources d’inspiration.

L. : Le thème du roman est moderne : la révolution, le marxisme ; mais vous le traitez de façon traditionnelle, à la manière d’un conte. Je m’explique. En face de l’homme – qui n’est jamais nommé – se trouve un public. Je peux dire que vous avez adopté une esthétique du conte traditionnel, car le récitant – je préfère ce mot à narrateur – fait face à un auditoire : ceux qui écoutent et lui posent par moment des questions. Vous avez voulu ainsi toucher le cœur de l’Africain, de l’homme tout court et l’inviter à mettre souvent une distance appréciable entre la décision qui doit être objective et son effectuation. Comment concilier l’esthétique traditionnelle et la fiction, la thématique qui est tout à fait moderne ?

D. M. : Même si l’expression est française, nos origines africaines en général et congolaises en particulier, imposent un certain rythme dans mon écriture. Pour toucher le cœur des populations, il faut être avec elles, en parlant leur langage.

L. : Par ces aspects vous vous placez du côté du peuple comme d’habitude. J’ai noté dans le roman congolais que le marxisme et la révolution ont un visage repoussant, ignoble et inhumain. Comment peut-on crier « Tout pour le peuple et rien que pour le peuple », et le broyer si cyniquement à ce point ? Le politique congolais est-il réduit à cet animal politique sans foi ni loi, ou bien existe-t-il certains hommes politiques que vous admirez quand même et sur qui vous pouvez projeter une prochaine fiction ?

D. M. : « Tout pour le peuple, rien que pour le peuple », est un slogan creux, une véritable farce politique, utilisée par les régimes politiques, qui s’étaient installés après juillet 1968. La peur et le dégoût ont atteint une population pourtant très portée vers le débat politique. Les assassinats, la gabegie en plus de l’extrême médiocrité hissée au sommet de l’État, ont montré aux populations désabusées, que la nouvelle classe politique, n’hésitait pas à se lancer dans une prostitution idéologique et politique. C’est l’arme absolue pour museler les vrais révolutionnaires. Nous sommes convaincus que le vent d’espoir sur Brazzaville, loin d’être une fiction, soufflera de nouveau. Les nouvelles générations politiques congolaises, à l’œuvre actuellement à Brazzaville, Pointe-Noire, Owando… ont tourné résolument le dos aux crimes politiques et travaillent pour la restauration d’un véritable État de Droit.

L. : En cela vous vous placez à peu près dans le même sillage qu’ Emmanuel Dongala qui, dans un article, dit de l’écrivain dont sa plume est « devenue sa seule arme » : « Que peut faire un écrivain vivant cette situation sinon témoigner, crier, ne serait-ce que pour dire que la révolution n’a pas que le côté répressif et dur qu’elle a montré jusqu’ici, mais que la révolution a aussi un côté généreux, fraternel, joyeux qu’il est temps de montrer ? » (in Peuples Noirs, Peuples Africains, n° 9, mai-juin 1979, p. 62).

D. M. : Le point de vue d’Emmanuel Dongala résume largement l’attitude de l’écrivain que je suis. Même si la révolution a tué ses enfants, il n’en demeure pas moins qu’elle a eu un côté positif. D’un point de vue idéologique, Massamba-Débat était en avance par rapport à son temps. Pour lui, toutes les idéologies importées d’Orient, d’Occident ou d’ailleurs, n’étaient pas adaptées aux aspirations du peuple congolais. Il savait que nous avons un substrat culturel extrêmement riche, qui nous aurait permis de nous remettre en cause et nous construire sur des bases sociales qui sont les nôtres et qui auraient pu se passer de ces mimétismes. Socialistes, nous les Bantu, l’avons toujours été, peut être sans le mot.

L. : Malheureusement sa tendance a été combattue et il a été éjecté.

D. M. : Oui. Il est plus facile de détruire que de construire.

L. : Merci beaucoup pour cet éclaircissement. J’aimerais en venir au soin particulier que vous accordez à vos romans. Je veux parler de la page de couverture et de son illustration : Vent d’espoir sur Brazzaville, La salve des innocents véhiculent sûrement des messages. Le premier est très pathétique : deux morts couchés dans la rue, et un mourant, relevé par une femme en détresse. Le second message est sensationnel et révoltant : dix soldats, fusil en joue, devant dix individus presque nus. Les salves ont déjà commencé à partir, puisqu’on voit un des condamnés en train de s’écrouler, appuyé sur ses genoux. Quelle place accordez-vous à la construction de sens de vos récits et au dispositif rhétorique mis en place dans votre technique d’encodage du message à partir de la paratextualité ou de ce qui entoure le livre, de ses seuils ?

D. M. : Dans la plupart de mes livres, la couverture reflète toujours le contenu du roman. Il existe des balises dans l’écriture romanesque me concernant. Je sors le roman du contexte universitaire, j’en simplifie l’écriture pour le rapprocher du peuple. Pour moi, l’essentiel c’est faire passer le message.

L. : Cela rejoint donc votre réalisme, le réalisme dans lequel baignent tous vos récits. La couverture y participe et fait ressentir directement le climat du récit, fondé sur la quotidienneté. Permettez-moi une question un peu générale. Pour qui écrivez-vous, et pourquoi écrivez-vous ?

D. M. : Mes romans sont en partie un témoignage. Témoignage destiné à sauvegarder notre mémoire collective. Je permets aussi aux scientifiques de pouvoir s’intéresser à mes romans qui contiennent des outils destinés à la recherche.

L. : Autrement dit le roman se situe à la frontière de la réalité. Vous ne m’avez pas encore parlé de l’imaginaire qui engendre votre fiction romanesque. Quand pour un roman vous avez recueilli votre documentation, les sources diverses se rapportant au sujet, comment créez-vous l’atmosphère romanesque ? Quelle est la part de l’imagination que vous apportez à la réalité historique ?

D. M. : Mes premiers propos cadrent avec votre questionnement. Mon cadre de travail ne s’écarte jamais de la réalité historique. La part de fiction n’est qu’un liant qui vient agrémenter le récit pour en faciliter la lecture.

L. : Voilà ce qui constitue la modernité de votre écriture : faire du lecteur un écrivain, et c’est la raison pour laquelle vos romans ne se terminent jamais, puisqu’ils se referment sur des points de suspension, ou sur un problème laissé dans le vague. Pourquoi cette fin suspensive ?

D. M. : Le roman historique n’est pas un conte. Je ne peux me permettre de figer à priori un récit. C’est pourquoi j’invite le lecteur à poursuivre la réflexion.

L. : Parlez-moi à présent de la réception critique de vos romans parce qu’au Congo ou en Afrique en général, vous semblez être comme Sylvain Bemba, J. P. Makouta-Mboukou, ou un Mongo Beti au Cameroun – vous semblez être, dis-je, « un grand oublié », bien que vous ayez écrit beaucoup de romans. Dans le schéma représentatif que je fais des romanciers congolais, vous venez en première position avec Henri Lopes par le nombre de romans publiés. Mais quand je regarde la critique consacrée à vos œuvres, je la trouve bien maigre. J’aimerais que vous me parliez de cette réception critique et m’expliquiez ce hiatus, ce que je considère comme une faille …

D. M. : La Soumission qui est mon premier roman, traduit en langue Russe, avait été programmé dans l’enseignement scolaire en 1978 au Congo-Brazzaville. Mais les autorités de l’époque m’avaient censuré …

L : Que pensez-vous du Congo de demain, la place de vos livres dans l’échiquier culturel ?

D.M. : Depuis 40 ans, notre pays vit dans une régression permanente et généralisée. Par exemple : – Destruction de l’école ; – Absence de système de santé ; – Pas de programme agricole ; – Infrastructure routière moyenâgeuse…

Mais l’espoir existe, car nous arrivons au crépuscule de ce système politique humiliant et destructeur. C’est à partir de la culture que l’expression plurielle des Congolais, va engendrer des changements salutaires et irréversibles. Dans ce sillage, l’anathème porté contre notre production romanesque, deviendra caduc car le Congolais, en quête de sa majorité, a besoin d’un espace de dialogue pluriel et contradictoire.

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